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Le percnoptère d'Égypte (Neophron percnopterus)


J'ai honte à l'avouer, mais j'aime aussi la merde.
Au début, c'est très dur et puis je m'habitue.
Car j'ai un rôle à jouer dans la niche, un statut.
Je suis un éboueur et même un fouille merde.

Ce qui me gêne aussi, c'est mon odeur infecte
Qui fait fuir tout le monde, mis à part les insectes
Qui grouillent en bourdonnant sur les morts pourrissants,
Y pondent sur leur cuir, boivent leurs caillots de sang.

Je pue aussi du bec, ça me vaut des remarques
Des milans, des corbeaux, qui font les délicats.
Mais j'ai tout lu aussi d'Erich Maria Remarque
Lequel a bien écrit qu'eux ne se gênaient pas
Pour arracher les yeux des soldats étripés
Qui laissent pour toujours leurs mères inconsolées.

J'appréhende vraiment le siècle qui arrive.
Il paraît qu'en Europe, seul l'ultime déchet
Aura droit de cité. Les décharges contrôlées
Qui font mon bonheur et celui du Leucophée,
Ce goéland braillard et bien mal embouché,
Seront toutes rebouchées. Faudra-t-il déjeuner
D'un déchet nucléaire fraîchement vitrifié
Que nous pourrons chiper à la Hague, sur les rives
De la Manche retroussée et bientôt irradiée ?…
Ou bien à marée basse, mais vous aviez compris !

Faudra-t-il que je fonde quelque espoir sur l'Asie,
L'Afrique, l'Amérique ou la Polynésie ?
Attendre du sida qu'il vienne à mon secours,
Qu'il me fasse des cadavres et encore et toujours ?
Que le pape, ce grand spécialiste en amour,
Au nom de Dieu, mette la capote à l'index
Au lieu de l'enfiler sur le gland et le sexe ?

Faudra-t-il que j'attende que la guerre chimique,
Initiée par ceux qui vendent des OGM,
Vous fasse les saisons et tout l'an silencieux
Et l'homme éradiqué par la nuée géhenne
Destinée aux insectes, mais prive, enfin, les Dieux
Et ses anges zélés de l'Apocalyptique ?

Faudra-t-il que j'attende plutôt vos guerres civiles,
Quelque acte de terreur ou bien un génocide ?
Faudra-t-il qu'on me laisse les tués sur les routes
Pour que j'aie largement de quoi faire des casse-croûtes ?
Faudra-t-il, je le crains, que je m'installe en ville
Pour subsister d'un rat souffrant d'hémorroïdes,
D'une pelure d'orange ou pire, d'un étron,
D'une légionella, d'un bacille du charbon ?

Ou faudra-t-il que j'aille dans quelque muséum
En complète pension et déjeuner compris,
M'acheter des entrées pour le musée de l'homme
Avant qu'on ne le ferme, en augmente le prix ?

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