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Le pélican frisé (Pelecanus crispus)



Le lac que j'habite se situe sur une faille
Qui joue régulièrement et fait trembler la terre,
Fait tomber quelques briques qui forment une muraille
D'où le Grand Alexandre pouvait scruter la mer.

Le lac que j'habite est rempli de gardons,
De brèmes et de poissons dont je ne sais le nom.
Il y a des tortues qui nagent dans le plancton
Et meurent d'asphyxie et d'eutrophisation.

Sur le lac que j'habite, j'aime nager de front
Avec tous mes copains pour pousser les poissons,
Devant nous, doucement et quand ils sont coincés,
On les cueille aisément dans nos poches filet.

Sur le lac que j'habite, j'aime aussi m'envoler.
Mon poids est conséquent, mes ailes d'envergure
Pourtant me porteront comme le font les voilures
Qui poussent les voiliers sur les vagues salées.

À grands battements d'une lenteur calculée,
Je vole au ras des flots en faisant l'escadrille.
Le cou replié et les ailes que j'écarquille,
Me donnent des allures d'hydravion emplumé.

Il nous arrive aussi de planer tout là-haut
En orbes ascendants, portés par de l'air chaud.
Puis soudain, nous partons, pris d'une envie subite
Loin du lac que j'habite, vous laissant comme ermite.

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