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Le pélican blanc (Pelecanus onocrotalus)



Sur mon grand lac d'Ohrid, il n'y a pas de ride,
Il n'y a pas de vent pour troubler l'ondement.
Dans l'air qui surchauffe et voile l'horizon,
Le soleil a raison d'un nuage égaré
Qui s'en venait troubler le ciel en bleu de chauffe.

Les eaux du lac sont grises, comme cadavériques.
Les montagnes balkaniques d'Albanie sous emprise,
Noient, dans l'eau, les reflets de leurs sols dénudés
Où vivent, de pauvreté, des paysans courbés
En pantalons bouffants.

Ils poussent devant eux, sous un joug de bois blanc,
Une paire de bœufs qui viennent s'abreuver.
Puis, d'un pas sûr et lent, retournent travailler
Et retourner un champ.

À l'heure de midi, le silence assoupit
L'atmosphère alanguie. Toutes les ombres ont fui.

Nos croassements profonds, vous font lever la tête
Sur notre formation qui survole la planète.
Nous planons de conserve, rémiges contre rémiges,
Champions de voltige... Mais sages comme Minerve,
Nous nous écarterons pour gagner le limnion,
Ou bien vite, on se pose. On va faire trempette
Et un brin de toilette. On s'ébroue, on s'arrose.
C'est fou ce qu'on s'agite. On se menace du bec
Et même on en profite, d'un tout petit coup sec
Pour se tirer les plumes qui dépassent du costume.

Mais on se calme sitôt et la tête sous l'aile,
Bercé par le clapot qui sert de balancelle,
On s'endort un instant comme le font les enfants.

Nos rêves sont pleins d'aloses, de lieus et d'églefins…
C'est le taux de glucose qui nous dit qu'on a faim.
Les poissons de ces eaux sont bien plus ordinaires.
Mais c'est notre ordinaire. Nous mangeons même leurs os.

Une brume légère nous cache de la terre.
Brusquement, il fait frais… Mettez votre pelisse,
Vous vous enrhumeriez ! Le soleil se glisse
Au-delà des sommets comme la pièce de monnaie
Dans une tirelire. L'ombre longue s'étire…
Les étoiles s'allument. Il est temps de rentrer
Devant un feu qui fume et vous fera tousser.

*