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D'où je suis, je domine ma vallée sur le Tage. Je me suis mis à l'ombre à l'abri du feuillage D'un buisson qui s'accroche à la haute falaise Dont les roches, au soleil, brûlent comme des braises. C est pourtant là qu'attendent, en costume de duvet, À l'abri d'une corniche, mes deux petits replets, Le moment où j'apporte une proie dans mes serres. Elle fera leur dîner et même leur dessert. Ainsi deux fois par jour, le matin et le soir, Je profite du moment où les guêpiers se groupent Autour des arbres morts qui leur servent de dortoir Pour choisir un plus faible au milieu de la troupe Ou un moins vigilant ou un plus imprudent Ou bien plus simplement, celui dont l'heure arrive De gagner l'estomac, l'intestin, l'excrément, La matière recyclée, ma table comme convive. Je reviens parfois avec une perdrix morte, Une outarde canepetière ou un traquet rieur. Je vois, vous le savez, car malgré la chaleur, Vous notez quand je bouge et ce que je rapporte. Je me paye le culot de faire preuve d'audace. Je viens vous houspiller, des fois, de temps en temps… Tout comme les vautours, ces autres grands rapaces Qui viennent vous saluer, en jouant dans le vent. Mes petits vont et viennent à l'ombre du surplomb, Sous l'œil intéressé d'une cabra montes Qui arrête de mâcher sa bouchée d'herbes sèches, Remue la queue, s'en va sous le soleil de plomb. C'est ce soir-là, je crois, que l'une d'elles chuta Ou mourut de vieillesse, au bonheur des vautours Et du vôtre, sans doute, puisque vous fûtes autour Et cessâtes, pour un temps, de n'observer que moi.
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