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Le pipit des arbres (Anthus trivialis)


Je vous ai fait marcher quand vous étiez enfant !
J'aurais eu des scrupules… si j'avais pu trouver
Des chaussures à mon pied qui accueillent mes ongles
Dont vous savez, bien sûr, que je les ai fort longs.

Vous nous cherchiez au lieu de jouer au ballon
Avec ceux de votre âge qui n'aimaient guère les jongles
Où vous alliez vous perdre à longueur de journée
Pour surprendre un oiseau, capturer un serpent
Et revenir le soir, pour vos parents trop tard,
Pour leur raconter toutes ces belles histoires
Que les bêtes vous disent quand on veut les entendre,
Des histoires de vie moins secrète un instant.
Les animaux confessent volontiers aux enfants
Des histoires cruelles ou des histoires tendres
Que vous n'acheviez pas, comme la soupe du soir
Quand tellement fatigué, la fuite du brocard
Vous tenait lieu de rêve, la tête bien appuyée
Sur le bord de la table où vous vous endormiez.

Je ne me souviens pas que vous ayez jamais
Trouvé ce nid que je sais si bien camoufler.
Vous n'étiez pas habile, ni pas assez patient.
Je peux rester des heures, la becquée des enfants
Entre les mandibules, sans jamais vous montrer
Où je les ai pondus, si je vous sens trop près.
Il eût fallu que vous soyez bien mieux caché,
Ne pas tenter de me voir quand je vais nourrir.
J'avance en me cachant et toujours sans courir.
Faut la ruse du coucou et un soupçon de veine,
Être né chez les Sioux, ne pas manquer de bol
Et accepter l'échec même si ça vous peine.

Il vaut mieux surveiller l'endroit d'où je m'envole
Avec dans le bec une balle d'excréments.
Je repars de mon nid toujours directement.
J'aimerais préciser, et faites-en état,
Si je retrouve mon nid dans un tout autre état
Que je l'avais laissé, souvent je le délaisse,
Ce qui a pour effet d'accentuer ma détresse.

Alors et s'il vous plaît, dans nos maternités,
Ne mettez pas la main, faites gaffe à vos pieds.

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