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Un grand parti unique ?



Bien sûrs de leur victoire, grâce à ce mauvais tour,
Le troupeau des moutons, (qui n'ont pas de mémoire),
Oublia sur l'instant qu'il y eût un second tour :

« Le moment est venu de rentrer dans l'Histoire…
Nous aurons des élus dans tous les pâturages,
Imposerons nos vues partout et sans partage,
Tondrons dans les champs les herbes tellement ras
Qu'un criquet survivra, mais sans devenir gras.
Il est temps, pour ce faire, d'un grand parti unique,
Que nous l'instaurions pour qu'aux affaires publiques
Tous les postes occupions, en ni une ni deux…
Et qu'un mouton s'oppose, nous le dirons galeux !
Les chevaux et les vaches apprendront à bêler.
Les goélands bretons ne pourront plus gweler.
Seuls les mouflons sauvages, s'ils vivent encore en Corse
Pourront, s'ils le désirent, commettre des entorses.
Nous serons si puissants que les chiens qui nous gardent
Iront mordre tous ceux, s'il venait par mégarde,
Qu'ils se révoltassent ou descendissent dans la rue
Pour une promesse que nous n'aurions pas tenue… »


Sur ce, me réveillai d'un méchant cauchemar
Et point n'entendis plus du discours distillé
Au peuple des pâtures qui demeurait hagard
Tant l'émotion brutale l'avait hypnotisé.

L'oie rieuse (Anser albifrons) / 27 avril 2002__________