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Le grand paon de nuit (Saturnia pyri)



Il pleuvait sur Lodève en cette fin d'avril,
De ces pluies qui ne laissent rien de sec, même un fil.
Au loin des rossignols chantaient sur les coteaux
Attendant que le ciel ait versé tous ses seaux.

Le terrain de camping était pour vous tout seul.
Un petit duc, parfois, essayait sa chanson.
La brume d'après la pluie étalait son linceul.
Et moi, j'étais transi de la tête aux tréfonds.

Je trouvai mon refuge sous une grosse lampe
Qui brillait à l'entrée des communs et des douches,
À l'abri d'une corniche, des gouttes qui détrempent
Et tout à fait au chaud, mais sans que je la touche,
Sinon je me calcine les écailles des ailes
Que j'étale en grand pour vous montrert mes ocelles.
Mes antennes plumeuses s'agitent constamment
Aux phéromones émises par d'éventuels amants.

Mais aux jeux de l'amour, cette nuit est bien froide.
Chez les papillons pas question de rigolade.
Qu'on rate notre histoire, c'est comme Shéhérazade.
Au matin, on est mort, fauchés par la camarde.

Il vaut mieux que j'attende. Cette lampe me convient
Vous irez vous coucher. Le lendemain matin…
Je ne serai plus là !

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