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Palinodie


Au pays des Pâtures, les bœufs et les moutons
À la constitution avaient donc voté non.
Méléagre le dindon*, un ancien président
Du peuple des Pâtures (il était là avant
Que la Teigne** ne le renvoie à ses volcans)
Méléagre le dindon était fort mécontent
Que le peuple ignorant rejetât ses écrits.
Mais il se vengerait, c'est ce qu'il avait dit.

La vengeance convient surtout aux psychrophiles
Et aux peuples béats pendant qu'on les enfile.
Virus convoqua donc députés et barbons
Afin qu'ils votassent tous comme un seul mouton,
Le texte nouveau-né, mais cloné de l'ancien
À la virgule près, car les politiciens
Voulaient, sans l'avoir lu, que le peuple bâillonné
N'ait pas son mot à dire et se taise à jamais.

Députés et barbons d'un même commun accord
S'accordèrent ainsi pour mettre enfin à mort
Une démocratie déjà bien moribonde
Au prétexte valable qu'elle empêchait le monde
Des affaires et le leur de tourner à leur guise,
D'être auprès des puissants leurs laquais d'entremise,
De récolter des miettes, à peine des oboles,
Sans entendre gronder le chant des carmagnoles.

Par ce déni infâme qu'ils avaient fait aux bêtes,
Ils offraient les raisons d'une rébellion ouverte.
Le vote dans les urnes ne valait donc plus rien !
Les moutons et les bœufs, traités comme des chiens,
Auraient-ils le courage encore de protester,
De mordre, d'encorner, de ruer et piétiner
Ceux qui les trahissaient en s'emplissant la panse
En criant dans les prés : " Mais que la fête commence ! "

6 février 2008 / «® / ©»



* Méléagre le Dindon, ancien président des Pâtures les avait fait se plier de rire en leur disant "au revoir".
** Virus est président des Pâtures.