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Je n'ai pas eu souvent l'occasion de vous voir, Deux ou trois fois, c'est tout, et toujours par hasard, En des lieux retirés où je me fais plus rare. À ne pas disparaître n'est plus en mon pouvoir ! Vous m'avez aperçu avec mes deux oursons, Un soir où vous guettiez la chouette épervière, Qui chassait le lemming auprès d'une tourbière De ményanthes et drosères, en plein pays lapon. Je m'étais régalée de mûres de marais, Riches en vitamine C, qui, à ce qu'il paraît Fait de ce fruit fameux, un peu acidulé, Le seul anti-scorbut de toute la contrée. Une autre fois, ailleurs, dans les grandes Rhodopes, Je pris enfin le temps, comme je montai la pente Aux odeurs de myrtilles et aux saveurs de menthes, De me frotter le ventre avant que la syncope Ne m'anéantisse… _______________Las ! tant ça me démangeait… Était-ce, allez savoir, une crise d'urticaire, Une piqûre de bourdon, une mite des antiquaires Qui habite ma peau tannée sur le plancher ? Vous avais-je senti, seulement entrevu, Que d'un claquement de doigt, je me fis disparaître ! J'aurais pu m'approcher, tenter de vous connaître. J'ai préféré partir, là, d'où j'étais venu. Mes traces croisèrent vos pas, dans le pays slovène Et dans la boue profonde, près d'une conduite forcée Dans les monts Néouvielle dans les Hautes Pyrénées. On voulait bien encore, qu'un peu, je m'y promène… Et si j'accepte, enfin, maintenant de vous voir, C'est que je suis à bout, au bord du désespoir. J'ai bien peur qu'avant peu, on ne me trouve plus Que sur les étiquettes des produits régionaux Que l'on vend aux touristes qui passent en auto Dans les monts, Pyrénées et s'en vont, s'il a plu ! J'en faisais la grandeur. J'en faisais la beauté. J'aurais fait oublier qu'elles sont trop arrosées. Me direz-vous la raison qu'on me persécute ? Pourquoi tous les chasseurs, d'une balle, m'exécutent ? Tout ça pour des brebis que j'aurais dévorées, (Me direz-vous à quoi l'on paye les bergers ?) D'autant que souvent ce n'est pas moi qui les tue ! Elles sont assez stupides pour le faire in situ Quand elles grimpent les pentes, le museau dans les herbes, À brouter, à brouter… C'est comme une idée fixe Qui sature leurs neurones. (J'en compte moins de six !). Alors, elles se retrouvent où la vue est superbe, Incapables de descendre sans se casser la gueule ! Comme il faut un coupable. Eh ! C'est moi qu'on engueule ! Les brebis, il me semble, vous savez les cloner… Il me vient à l'instant une excellente idée. Prenez-moi, s'il vous plaît, un peu de l'ADN. Faites vivre les nounours qu'on offre aux enfants Et lâchez-les partout. Ça en vaudrait la peine. Mais je parierai bien que pour gagner des voix, Je ne pèserai rien dans l'urne transparente Qui offre aux politiques, un salaire et des rentes. Ils voteront, c'est sûr, mon éradication. Tant pis si le mouton est en surproduction… Ils la financeront avec la TVA !
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