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La chouette de l'Oural (Strix uralensis)


C'est la fin de l'été, le ciel fait Niagara.
La pluie fait son déluge sous les épicéas.
Tout est transi de froid et la forêt figée
Dans le brouillard qui flotte, est toute détrempée.

Vous ne vous trompez pas. Je suis née cette année.
Sous mes plumes d'adulte, percent encore les duvets
Qui me servirent de couette, quand dans mon nid douillet
Maman, qui était chouette, m'apportait le dîner.

Je suis tombée du nid bien avant de savoir
Voler et me défendre des griffes des renards
Qui m'auraient fait périr, mais mon papa veillait
Sur tous mes ennemis. Sans faillir, il chargeait.

Il n'est sans doute pas loin et si je l'appelais,
En trois coups de ses serres, il vous écharperait.
Vous n'êtes pas méchant, sinon ça se saurait.

Que le croyez ou non, tout se sait en forêt.

La pluie double d'efforts et multiplie ses gouttes
Qui tombent si serrées qu'elles enferment le jour
Dans un cercle magique, comme Merlin, pour toujours.
Il fait alors très sombre et vous n'y voyez goutte.

Moi, je suis habituée. Ça ne me sert à rien.
Avec le temps qu'il fait, je ne suis pas trop bien.
Je n'ai rien pu bouffer, au moins depuis hier.
Les micro mammifères se cachent sous la litière.

Je doute que la pluie les incite à sortir.
Quand même le feraient-ils ? Oserais-je les cueillir ?
Vaut mieux que je m'éloigne et gagne ce piquet,
Fait d'un bouleau cassé qu'un pic a picoté.

C'est un grand capricorne qui rétablit mon taux
De glycémie normale. Je sens confusément,
Que s'il tombe des seaux, vous prendrez votre auto,
Quitterez ma forêt définitivement.

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