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L'orvet (Anguis fragilis)



C'est grâce à moi qu'un jour votre maman osa,
Mais non sans répugnance et que du bout d'un doigt,
Toucher à un serpent, ce que je ne suis pas…
Et vos explications, ne les écouta pas.

Aussi qu'on vînt vous dire qu'une femme accepta
D'un serpent, une pomme, pour condamner les hommes…
C'est vous prendre pour une poire, une histoire à la gomme…
Vous devîntes, de ce jour, crédule comme saint Thomas !

Je vis toutes mes heures, dans la haie du jardin,
Caché pendant le jour, sous une pierre renversée
Où grouillent des cloportes, des grosses araignées,
Ne sortant que la nuit et rentrés au matin.

Je mange des limaces ou bien des vers de terre
Qui profitent de la nuit quand tombe la fraîcheur,
Quelquefois des souris, âgées de quelques heures.
Je ne prends pas des proies qui filent ventre à terre.

Avec le printemps vient le temps de nos amours,
Que nous faisons, cachés, car nos copulations
Sont longues, durent des heures, pratiquement des jours…

C'est fin août que s'accroît notre population,
Car je donne naissance à quelque dix petits
Qui, aussitôt, me quittent pour vivre jusqu'à leur mort,
Que les hommes trop souvent nous infligent encore
Au prétexte qu'ils furent chassés du paradis.

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