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La fauvette orphée (Sylvia hortensis)


D'ordinaire, je me cache. Si je fais exception,
C'est que je suis surprise. Je viens juste d'arriver
Et je suis épuisée. Il fait froid comme banquise.
S'enrhume une bernache ! Il n'y a plus de saison.

Cette haie familière où je cache mon nid,
Ça ne date pas d'hier, est assez peu fournie.
Où que j'aille, on me voit et je n'aime pas ça.
Car je suis très farouche pire que Sainte Nitouche.

Faites-moi donc plaisir, ne jouez pas les héros
Sur cette plaine de l'Hérault. Vous pourriez à loisir
Suivre le coucou geai qui n'est pas très discret
Et même un peu curieux. Il se montre à vos yeux.

Ou toutes ces outardes, canepetières, je crois,
Les dernières ici-bas… Quant à moi, la moutarde
Me monte vraiment au nez, je ne vais pas tarder
Á m'envoler très loin jusqu'à Perlimpinpin,
Chercher de l'escampette et vous faire place nette.

Si je vous fais trois strophes de ma jolie chanson ?
Promettez pour de bon qu'au loin, au limitrophe,
Vous irez, resterez, me ficherez la paix…

Ménagez nos pudeurs, évitez-nous la peur,
J'accepterais peut-être de ne pas disparaître,
De vous offrir un peu de nos noces, de leurs jeux,
De nos nids, de leurs œufs, de nos chasses, de nos chants,
De nos cris, nos enfants.

Il faudra accepter de passer la journée
Pour nous apercevoir trois secondes, pas plus…

Si vous avez du cul ou encore de l'espoir !

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