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L'oreillard roux (Plecotus auritus)



L'éclairage public offre assez de clarté,
Pour que vous puissiez lire vos bandes dessinées,
Vautré sur votre lit, les rideaux grand tirés
Et la fenêtre ouverte sur la nuit étoilée.

Vous rêvez de voyages, lointains, dans les Carpates,
D'aller voir Dracula dans la Batmanmobile,
Franchir l'espace-temps en restant immobile
Dans un vaisseau spatial avec Félix le Cat.

Nous sommes attirés par des noctuelles stupides
Qui viennent s'assommer contre le lampadaire.
Elles tombent sur le sol, inertes, comme des pierres,
Où elles sont gobées par des crapauds placides.

À l'occasion parfois, je tente l'aventure.
J'entre dans votre chambre en rasant près les murs,
À cinq ou six, parfois plus, tournant comme un manège
Dans un bruit d'ailes feutré, nous suivant en cortège.

Sur le haut des cloisons, le papier décollait.
Nous nous y suspendons et vous montrons les dents,
Poussons des cris aigus, audibles aux enfants
Et relevons la tête avant de décoller.

Nous sommes très adroits. Jamais nous ne heurtons,
Ni vos livres empilés, vos maquettes commencées,
Toutes ces choses que vous ne rangez jamais…
Sauf si votre mère vous menace d'une sanction.

Ce n'est pas le cas de ces lourdauds rhinolophes
Qui s'assomment de suite sur l'applique du mur,
Provoquant aussitôt la pire des catastrophes
Et quand vous les prenez, infligent des morsures.

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