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L'oie cendrée (Anser anser)



Nous nous connaissons bien. On s'est vu bien des fois,
Des bords de la Vilaine jusqu'au Mont Saint-Michel ;
Des étangs en Mayenne à l'île d'Andoya
Qui, si je ne m'abuse, est même un archipel ;
Du golfe de Finlande aux rives de la mer Noire…
J'en oublie sûrement ? Vous savez… la mémoire !

La première fois de toutes, vous n'étiez qu'un enfant.
Jusqu'à l'étang des Perles, et derrière votre père,
Vous veniez en vélo, la remorque derrière,
Toute remplie de seaux pleins de brouet brûlant,
Que vous nous prépariez avec de l'eau chaude,
Du son et des orties ou de quignons de pain.
Puis vous cassiez la glace afin qu'on prenne un bain.

Dès que l'on vous voyait, on accourait pataudes.
C'est vrai qu'on avait faim et qu'il faisait très froid.
L'hiver avait surpris les oiseaux de retour.
Beaucoup auraient péri de faim, sans le secours
Que votre père et vous, nous fîtes pendant un mois.
Il y avait des oies, des cygnes et des canards,
Toutes sortes d'échassiers agités et criards.
Au début, on craignait de devoir approcher.
L'idée nous vint très vite de nous domestiquer.

Heureusement pour nous, dès que vint le redoux,
Nous redevîmes farouches et quittèrent vos ouches,
Avec des souvenirs jusqu'à l'heure de mourir,
Quelquefois incomplets quand vous les racontez,
Car vous mêlez fiction et imagination.
Qu'importe la vérité s'il vous reste la beauté
De ces hordes d'oiseaux rassemblés sur ces eaux.
Quelques-unes d'entre nous parlent encore de vous,
Le font en caquetant, dans le ciel en passant
En vol en formation pendant leur migration.

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