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L'oie à bec court (Anser brachyrhynchus)



Sur des terres extrêmes et constamment gelées
Où l'océan glacial caresse des névés,
Tout meurt de froid tant est trop frais le fond de l'air.
Même au soleil, l'été, les ours restent polaires.

Je niche sur une falaise qui s'ouvre sur une gorge
Où coule une rigole sous la neige névée.
Sitôt qu'ils seront nés, mes poussins vont sauter,
En cuirasse de duvet. Elle ne sort pas d'une forge !

Pourtant ils vont sauter de vingt mètres dans le vide,
Rebondir et rouler sur des rochers bien durs
Et rebondir encore, tout le temps que ça dure
Pour finir s'écraser sur de la neige humide…

Ils sont un peu sonnés, mais vite, se ressaisissent,
Car tous se relèvent et me suivent bientôt
Jusqu'au lac de tourbière où ils entrent sur l'eau
Qui se fait accueillante… Toutes ses ondes frémissent.

Il arrive, qu'en sautant, l'un des petits se tue.
C'est le prix à payer à l'isatis polaire,
Pour qu'il nous fiche la paix, ne nous court pas derrière,
Nourrisse ses enfants, ainsi se perpétue.

Je ne viens pas l'hiver sur les côtes françaises.
Je préfère de très loin les rives hollandaises
Où le chasseur est rare et bien mieux respectueux
Des gens de notre espèce. Nous ne sommes pas nombreux.

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