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La nette rousse (Netta rufina)



J'occupe sur l'étang une niche bien à part
Puisqu'on me prend souvent pour un canard plongeur.
Je plonge certainement, mais les grandes profondeurs
M'inspirent une frayeur bien peu digne d'un canard.

Je préfère barboter, là où j'ai encore pied,
Au milieu des judelles qui me rassurent un peu.
Je ne suis pas craintive et j'aime bien leurs jeux
Auxquels je participe, restant près des herbiers.

J'aime donc la surface où je flotte plus haut
Que bien des fuligules qui sont plus ramassés.
Côté bouffe, c'est pareil. Je préfère brouter
Les herbes aquatiques et moins les escargots.

Depuis quelques années, je conquiers l'Espagne.
Sur les monts de Tolède, tout près de la Mancha,
Nous nous sommes rencontrés. Vous portiez un grand pagne
Ouvert sur votre tête avec un manche en bois.

Un parapluie, dites-vous… Mais il ne pleut jamais !
Enfin presque jamais ou alors c'est en trombe.
Toute mon eau se brouille par la terre érodée
Qui découvre ses pierres comme dans les décombres.

Vous auriez pu me dire que vous me trouviez belle.
Êtes-vous beau aussi, assis sous votre ombrelle ?
Vous êtes bien trop loin. Je n'ai pas de jumelles.
Je me méfie des hommes qui sont souvent cruels.

Moi qui suis pacifique tout naturellement
Et même débonnaire, je sais depuis petite
Qu'il ne faut pas se fier aux hommes qui font vite
De nous tordre le cou, comme ça, en s'amusant.

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