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Le nécrophore (Nicrophorus interruptus)



Je voudrais vous faire part d'un problème familial
Qui, chaque année, me pose, quand arrive l'estival,
Plus qu'un cas de conscience, une douleur au moral
Dont rien ne me guérit. Faudrait-il qu'au pénal,
On me juge, me condamne à jamais aux galères
Pour que j'échappe enfin à mes devoirs de père ?

Je suis coléoptère et ma spécialité
Veut que je débarrasse la terre des Maccabées.
Aussitôt qu'un oiseau, qu'une souris décède,
Je creuse tout autour une tombe et procède
À son enfouissement dans le tombeau obscur
Où ma douce fécondée pond ses œufs sur l'impur.

Bientôt sur le cadavre, trente larves pâturent,
Grossissent, prennent des forces et se métamorphosent.

Au troisième stade larvaire, comme une forfaiture,
J'en massacre deux douzaines afin que le glucose,
Qui suinte de la dépouille, profite aux survivants…
Pour qu'ils deviennent forts, pour qu'ils deviennent grands. !
Parce que seuls les plus forts pourront se reproduire
Et défendre, surtout, l'entrée du sarcophage
Contre la foule des bêtes, comme nous, nécrophages
Qui pondraient toutes pour qu'elles puissent se nourrir,
Des larves, des asticots, des pupes ou des chenilles,
Ne laissant aux nôtres que la peau et les guenilles !

Oui, bien sûr, je pourrai ne pondre que six œufs,
Les garder survivants en m'occupant bien d'eux.
Être plus rationnel, en un mot pragmatique,
Espérer de la vie qu'elle ne soit pas tragique.
Mais je n'ai pas ce choix. Rien n'est jamais magique.

Pour ça, même Médée ne pourrait pas m'aider.
Les Dieux ont des desseins souvent énigmatiques.
Je dois sacrifier mes enfants surnuméraires
Afin que mon espèce jamais ne dégénère.
Qui puis-je si l'on jase ?

_____________________J'aimerais, d'un bélier,
Qu'il meure sous un chêne. J'y pondrai cent dragons
Afin qu'ils se repaissent de ses carnes pourries.
Je ne les tuerai point quand ils auront grossi.
Ils dormiraient, au chaud, au creux de sa toison.

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