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J'ai deux grands yeux bien noirs comme ceux des rhinogrades, Une bouille rigolote avec un petit nez Qui me donne un faux air, dès que l'on me regarde, De lémur primitif ou encore de tarsier. Je vis dans une haie où l'on cachait jadis Les barriques de goutte pour échapper au fisc. Les paysans de l'Orne prenaient de bien gros risques Pour flouer l'Indirecte d'un seul maravédis. Dans la buisse d'un fouteau, j'ai installé mon nid. C'est une boule d'herbes soigneusement tressées, Entremêlées de feuilles totalement séchées Et dans lequel, j'ai eu, cette année, cinq petits. Ils ont déjà grandi, mais sont encore tout gris. Ils ne deviennent roux que lorsqu'ils sont plus vieux. Quand arrive le soir ou même l'après-midi, Vous pourrez mieux les voir quand ils font les curieux. Ils courent sur les branches et se pendent à l'envers Et ils sont si légers, qu'un moindre souffle d'air Plie davantage la rame, encore de bois vert Que ne le fait leur poids d'un grain d'apothicaire. Sous mon nid, j'ai laissé des coquilles de noisettes, Des faines déchirées, des châtaignes vidées, Des élytres d'insectes, surtout de scarabées, Des pattes de criquets, des pépins de reinette. Je suis un fin gourmet. La nature est prodigue De mets de toutes sortes à la belle saison. Quand octobre est fini, quand le froid a raison, Je m'endors pour l'hiver comme un mort de fatigue. Il arrive quelquefois que je reste endormi Et que seul un squelette occupe encore mon nid. Comme les pharaons, j'y laisse ma momie Et vais renaître ailleurs, dans une meilleure vie.
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