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Le mulot sylvestre (Apodemus sylvaticus)



Le chemin est creusé comme s'il était canyon.

Les vaches l'ont érodé en allant à l'étable.
Des bosses et des creux, à distances égales
Alternent tout au long. Pourtant leurs dimensions
Trop grandes pour vos jambes, entravent votre marche.
Quand un pied est au creux, l'autre est pile sur la bosse.
Ça vous donne la démarche de la fée Carabosse
Ou celle d'un assez vieux pour être patriarche.

Les talus verticaux, qui le bordent, sont plantés
De chênes, de merisiers et tout plein de noisettes.
Les fougères se disputent aux nombrils de Vénus,
Aux arums maculés et aux gaillets croisette,
Aux orties qui les cachent, aux stellaires holostées.
Les racines des arbres sont mises toutes à nues
Et pendent en promontoire en protégeant de l'eau
Les galeries que je trace, au-dessous, juste en haut.

Je fais des trous partout desquels je m'envole
Pour des sauts fantastiques, pareils à ceux que font,
Avec des plumes de cygnes ou bien de phaétons,
Des filles en tutu qui dansent et péricolent.

Mais aussitôt à terre, bien vite, je me cache
À la vue des serpents qui sournoisent en rampant,
À la vue des hiboux qui broient perfidement
Ou à celle des fouines qui me prennent en lâche.

Je m'assieds sur mon cul et saisis quelque graine,
Avec mes deux mains et je les ronge bien vite.
Je saisis un insecte, lui vide la bedaine.
Je laisse les élytres, les pattes que j'évite.
Je grave sur un noyau la trace de mes dents.
C'est mon côté artiste et aussi négligent.

Je me régale tant que j'oublie un instant
Le souffle imperceptible du vol de l'oiseau blanc
Qui m'effraie et me tue…

_________________Quand j'ai fini mon temps !

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