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Le mulet (Equus hemiasinocaballus)



L'orage m'avait surpris comme il avait surpris
Mes maîtres qui me battent et surchargent le bât
Qui me bat sur les flancs qui sont tant amaigris
Que l'on me voit les côtes qui pointent vers le bas.

Vous aviez allumé un petit feu de bois,
Dans la grotte calcaire, à l'abri de la pluie,
Pour attendre la fin de l'orage qui transit.
L'été en Macédoine sait aussi se faire froid.

Vous aviez invité mes maîtres qu'ils réchauffent
L'onglée qui congelait leurs orteils et leur nez.
La grotte était petite et pour vous remercier,
Mes maîtres vous avaient chassé du feu qui chauffe,

Menacé et prié, vous et vos deux gamins,
De quitter leurs montagnes… Ce que vous aviez fait.
Seulement, en passant, vous m'aviez détaché
Et poussé, vers le bas, dévalant le chemin.

Puis nous avions couru, sur tant de kilomètres,
Tant et tant essoufflé, quand assez loin des maîtres,
Vous aviez pris bien soin de m'enlever le bât
Et jeté, au ravin, tout mon foutu bardas.

Et j'avais tant couru que j'en pris l'habitude.
Je fuis vers d'autres lieux, vers d'autres latitudes.
Bien m'en prit, car j'appris, que j'ai fui les combats
Qui ravagent les terres où j'ai porté mes bâts.

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