®
La mouette tridactyle (Rissa tridactyla)


Je ne ponds pas toujours sur des falaises abruptes,
Comme celles qui plongent, sans aucun parachute,
Dans les eaux qui s'agitent au pied du Cap Sizun
Dont les granits remontent jusqu'au précambrien.

Des oiseaux vont et viennent de la mer aux corniches,
Profitent des turbulences pour effleurer les roches
Ou bien des déferlences des vagues qui ricochent
Pour débarquer sans risques. Ils sont vraiment fortiches.

Il arrive parfois que j'installe mes nids…
(et si j'en fais un seul, le fais en colonie),
Sur des rochers à plat, à peine surélevés,
Du niveau de la mer, dans des anses abritées.

Je couvre de guano toutes les roches usées
Par les glaces qui couvraient ces terres complètement,
Ces rivages oubliés, quasiment désolés
D'où les hommes sont exclus et forcément absents.

Parce qu'il faut que je dise que de telles colonies,
C'est aux confins des terres, après la Laponie,
Que je les établis pour bavarder en paix
Sans risquer que les vôtres ne viennent m'y troubler.

Bien sûr, il y a les phoques qui sont de gros balourds,
Qui viennent se reposer et qui doivent être sourds
Au cri trisyllabique qu'on leur crie aux oreilles.
On leur crierait au cul que ce serait pareil !

Bien sûr, il y a les labbes, surtout les parasites.
Pas un jour ne se passe sans qu'on ait leur visite.
Vous aurez remarqué, quand on niche, quelle ardeur
On déploie toutes ensemble pour faire fuir ces voleurs.

Puis il y a vous qui n'en croyez pas vos yeux
D'avoir enfin atteint nos hautes latitudes…
C'était un vœu d'enfant et comme à l'habitude,
Il vous fut exaucé par les fées et les Dieux.

Vous demeurez songeur assis sur notre grève,
Les yeux sur l'horizon, vers la frontière ostiaque
Que vous n'atteindrez jamais autrement qu'en rêve
Duquel nous vous tirons avec nos kittiwake.

*