|
Vous êtes bigleux ou quoi ou vous en faites exprès ? Vous ne me voyez pas. Je suis là, devant vous. Nous sommes en été, alors je me tiens coi. Je ne pousse mes houhous, en série, qu'au printemps Ou à l'automne, parfois. Voyez-vous, je m'efforce, Je me montre à vos yeux. Certes, il est vrai que quand, dans mon habit d'écorce, Je me cache de mon mieux, je deviens invisible ; Je ne suis trahi, en somme, que par mes pelotes qui Sont des preuves ostensibles de ce que je consomme, De l'endroit où je vis ; parce qu'à mon habitude, Je les dépose toutes, toujours au même endroit. C'est avec certitude et sans le moindre doute Qu'on sait que dans vos bois, je me suis installé. La nuit, vous m'avez vu en équilibre instable Sur des câbles engainés où l'électricité Circule canalisée… C'est pour le point de vue. J'allais me mettre à table d'un campagnol des champs. C'est ceux que je préfère. J'aime aussi les bruants, les friquets, les moineaux ; Á défaut, dans mes serres, je tue des étourneaux Ou bien des musaraignes. Quand certaines années, pullulent les hannetons, Quand en soirée, ils règnent, quand je les vois voler Parmi les frondaisons, même s'ils sont amers, Ils me font un dessert, de la graisse pour l'hiver, Pour quand c'est la misère, pour nous trouver couvert, Faut voler à Vauvert. Puis il y a les petits, surtout les derniers-nés Qui réclament des soins. Ils ont bon appétit. Il faut leur ramener des proies pour leurs besoins, Sinon, la mort les fauche. Quand certaines années, les proies se font trop rares, Ils passent l'arme à gauche et seront avalés Par leurs frères braillards pour qu'au moins un survive. Car, si nous vivons vieux, la vie est difficile. Il nous faut quelquefois chercher sous d'autres cieux Un nouveau domicile pour qu'enfin l'on festoie. Vous trouverez peut-être que je me plains beaucoup. Je ne fais qu'un constat. Mais j'aime encore mieux être Dans la peau d'un hibou qu'en croix au Golgotha. Si ma cousine effraie n'est plus aussi souvent Clouée sur une porte, je fais encore les frais Des haines du paysan… Qu'est-ce que ça leur rapporte ? Faudrait qu'on me décore ou bien plus simplement Qu'enfin l'on reconnaisse et qu'on dise aux pécores Que, sans moi, dans leurs champs les vaches qui y paissent Seraient maigres comme des clous, __________________Car il n'y aurait plus d'herbe, Que tout serait rongé. Voudraient qu'on les renfloue ! Qu'ils sachent pour leur gouverne que ça leur pend au nez !
|