®
La guifette moustac (Chlidonias hybridus)


Mon étang est tout jaune, car les utriculaires
Sont partout épanouies sur mes eaux solognotes.
Dans les roseaux penchés qui traînent presque à terre,
Des blongios se promènent et rêvent déjà de chotts.

Nos petites sont nées, mais ce fut difficile.
Nos nids, vous le savez, sont comme des sortes d'îles
En herbes flottant à peine et cette année, la flotte
N'a rien fait que tomber. La nature grelotte.

Vous ai-je dit ce vent qui soulevait des vagues
Qui n'ont pas arrêté de bousculer les nids.
Las, dans ces conditions, élever des petits
Relève de l'impossible et si j'osais, du gag.

L'essentiel est sauvé, car les insectes pullulent.
Paradoxal ? Pas sûr ! Ils ont dû mettre un pull,
Attendre les beaux jours pour sortir des nymphes,
Rajouté l'antigel à leur sang hémolymphe.

Les sternes et les guifettes, vous l'avez observé,
S'offrent un cadeau avant de se remarier.
C'est souvent un poisson, quelquefois un criquet,
Quelque chose qui se mange, qui flatte le palais.

Je suis avec ma belle depuis plus de quinze ans
Et j'ai eu avec elle, au moins quarante enfants…
Mais cette année, encore, un petit carpillon
Scellera nos amours et ce sans goupillon.

Je quitterai la terre à regret, pour les Dieux.
Finis tous les voyages que j'ai faits sous leurs cieux,
Car j'entame le dernier, je suis devenue vieux.
Á aimer ma compagne, j'aurai fait de mon mieux.

Avant la fin d'été, je serai en Afrique,
Au Soudan, au Kenya ou bien au Mozambique.
J'aime les éléphants qui soulèvent la poussière
Je suivrai les anciens jusqu'à leur cimetière.

*