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Le mouflon (Ovis ammon)



D'un côté, la falaise, abrupte et verticale
Et de l'autre, un ravin, profond, vertigineux.
Au milieu, une corniche qui ménage un chemin,
À peine plus large que la paume de la main,
Sur lequel on s'engage en formulant le vœu,
Qu'on ne trébuche pas, car on se ferait mal.

D'ordinaire cette route, les bêtes seules l'empruntent
Laissant des crottes rondes comme seules empreintes.
Elles feront de l'humus pour que dans les crevasses,
Des belladones poussent, des saxifrages croissent
Et aussi des orpins qui vivent de l'air du temps
Et boivent la rosée qui s'évapore au vent.

J'arrive tête baissée. Juste dans le virage,
Nous voilà, tête à cornes.
________________Êtes-vous un mirage ?
Ferais-je demi-tour ? Je ne peux pas sauter,
Pas davantage grimper ou sinon, je m'ai tué.

Devrais-je vous charger pour forcer le passage ?

Je suis trop inhibé et puis serait-ce sage ?

Vous êtes beaucoup trop grand, je ne suis qu'un mouton.
J'ai les cornes d'un bélier et même les épithètes…
Les attributs, d'accord !
__________________Je me trompe peut-être…
Avoir des testicules ne nous rend pas couillons !

Il est grand temps pour moi de prendre une décision.

Je regarde le ravin qui paraît bien profond.

La falaise est trop haute et n'offre pas de prises.
Quant à faire demi-tour, ça vous laisse le temps
De me sauter dessus, comme le lynx, par surprise,
S'il peut, me saigne à blanc, d'un seul grand coup de dent.

Finalement, je décide… Je force le passage…
Je manque de tomber, de mourir avant l'âge.

J'ai couru, j'ai couru, descendu la ravine
Pour tenter d'épuiser toute mon adrénaline.

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