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Le fuligule morillon (Aythya fuligula)


Ça fait quelques années que je passe toute l'année
Sur ce bel étang-là, tout près de Mésangers.
Il faut dire que j'y trouve tout pour me contenter :
Des daphnies crustacées, des mollusques limnées,
Des planorbes bien gras et des têtards sucrés,
Des larves zygoptères et même anisoptères,
Des plantes myriophylles qui piègent des rotifères,
Que je trouve sur les vases au terme de mes plongées.

Pourtant j'ai hésité avant de m'installer,
C'est-à-dire bien avant de nous y reproduire.
Ma conquête de l'Ouest ne fait que commencer.
Je ne sais pas encore où elle va me conduire.
Cette année, c'est certain, je vais franchir le pas
Et nicher sur ces eaux pour la première fois.

Mon nid est bien caché, ne le trouverez pas
Et guère recherché… Cela vaut mieux parfois.
Imaginez un peu que vous l'ayez trouvé
Et qu'à peine pondus, j'abandonne mes œufs.
Comment aurais-je fait pour vous les présenter,
Ces poussins que vous vîtes quand je nageais près d'eux ?

Avouez qu'ils sont très beaux en duvet brun olive,
Avec des raies qui sombrent les côtés de leur tête.
Ils apprennent à manger des bestioles qui vivent
Dans l'eau claire, peu profonde où ils plongent la tête.

Cette année, c'est curieux, mais mon cousin milouin
En a fait tout autant… Il a fait des enfants
Qui ressemblent beaucoup aussi à mes poussins,
En moins beaux cependant et beaucoup moins charmants.
Vous pourrez signaler, si le cœur vous en dit,
Cette avancée vers l'ouest de nos deux territoires.

Ecoutez, je parie, je fais une prophétie,
Qu'avant peu, dans ces bois, vous verrez le pic noir.

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