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La vie bien monotone


Aujourd'hui, si je tourne mon regard sur les gens,
Je les vois, toujours plus, vides et indigents,
Avec les bras qui tombent, avec les bras ballants,
Pour la raison qu'ils sont tout à fait impuissants.

Ils sont tous englués comme le sont les oiseaux
Dans les nappes de pétrole qui a fui les bateaux,
Privés des libertés et jusqu'à leur cerveau
Qui roule dans l'eau sale qui coule au caniveau.

L'espoir les a quittés d'une vie monotone :
Le bonheur assuré pour lequel ils s'abonnent,
Le travail imbécile auquel ils se cramponnent,
La bagnole qui tue et pourtant qu'ils bichonnent,

Le marché, c'est super, surtout qu'il les rançonne,
L'amour, quand il se tait, parce qu'ils le bâillonnent,
Les voisins qu'ils haïssent depuis qu'ils les espionnent,
Les enfants qu'ils oublient parce qu'ils les rencognent,

La télé hypnotique parce qu'elle les conditionne,
Le Prozac aussitôt qu'ils sentent qu'ils se renfrognent,
La Suze et le Sancerre qui les feront ivrognes,
Les vacances à bronzer le cul à la Corogne…

Le chat sur le coussin qui s'oublie et ronronne !

L'espoir les quitta quand ils comprirent trop tard
Qu'ils avaient avalé des serpents, des bobards,
Qu'il leur faudrait trimer, des heures et des heures,
Jusqu'à ce qu'ils s'écroulent et juste avant qu'ils meurent.

Alors de désespoir, ils se levèrent enfin
La justice et la haine leur avaient donné faim.
Ils pendirent par les pieds à un croc de boucher
Ceux et celles qui les avaient désespéré.

La vie bien monotone aurait droit de cité.
De nouveau, à jamais, comme si de rien n'était.
La vie bien monotone, convenait bien aux gens
Qui se contentaient d'être, et vides, et indigents.