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L'oie des moissons (taïga) (Anser fabalis fabalis)



Vous aviez cheminé toute la nuit durant
Laquelle se fait pénombre sous les arbres géants
Dont les pieds sont couverts de petits cornouillers
Qui cachent des galets. Vous vous tordez les pieds…

Vous aviez cheminé toute la nuit durant,
Grimpé sur des moraines, traversé des rivières,
Dérangé des élans qui cherchaient leur chemin,
Croisé un glouton qui regagnait sa tanière,
Entendu un tétras voler dans le lointain.
Vous étiez arrivé juste au bout de la terre
Devant un précipice, trop profond et béant
Qui s'ouvrait sous vos pieds. Vous n'iriez pas plus loin…

Maintenant qu'ont fondu ses glaces et ses névés,
La terre scandinave subit fort la poussée
Du magma qui la porte, et enfin soulagé,
La soulève en douceur un peu plus chaque année.
Mais fragile, elle s'ouvre en fissure géante,
Profonde, déchiquetée et aux lèvres béantes.

C'est là qu'avec les miennes, je me suis installée
En lâche colonie, tout au bord, pour nicher.
Vous ne me verrez pas, trouverez seulement
Les restes de mon nid que j'avais fait avant,
Mais que j'avais quitté. Et vous reconnaîtrez
Son ancien emplacement aux restes de duvet.

Avec un peu de chance, je serai cet hiver
Sur des champs agricoles ou bien sur des polders.
Pour m'approcher un peu, il faudra déployer
Des ruses d'indiens sioux. De loin, m'envolerai,
Car il y a sur les pâquis où je me pose,
Des pluviers, des vanneaux, souvent des combattants
Qui alertent pour un oui, pour un non, tout le temps.
Ils préviendront vos ruses lorsque je me repose.

Si je suis née farouche, farouche je resterai…
Tout cela pour vous dire que, pour bien me connaître,
Il vous faudra neuf vies, plus d'un millier d'années,
Un costume de plumes et qu'appreniez à paître.

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