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Le fuligule milouinan (Aythya marila)


Nous sommes au moins deux mille au large de Penvins
Et près de Pen mané, tout juste à peine vingt.
J'aime le Morbihan pour y passer l'hiver.
J'y stationne souvent au large des estuaires.

Mais j'aime mieux l'été et mes toundras arctiques,
Mes eaux froides et grises où grouillent des moustiques
Qui sont encore bébés et vifs comme des ressorts
Quand ils viennent inspirer le bon air du dehors.

J'aime la compagnie des hareldes, des macreuses
Avec lesquelles, d'ailleurs, je m'en vais dès l'automne.
On parle de voyages, du plaisir qu'on se donne
À surfer sur les vagues surtout quand elles sont creuses.

Il arrive même parfois qu'on retrouve là-bas
Des plongeons catmarins et des plongeons arctiques,
Rarement, des eiders. Ils nichent en Baltique
Et passent l'hiver au large des Pays-Bas.

J'aime surtout les moules fixées par leur byssus
Sur des rochers, jamais découverts par la houle
Sur lesquels je plonge. Mais quand j'arrive dessus,
Elles referment leurs coques. À l'abri, elles se coulent.
Il faut les arracher pour pouvoir les broyer,
Sans masque et sans tuba et toujours en apnée.
Vous comprenez pourquoi je préfère l'été
Et vivre mes amours auprès de mon aimée
Qui niche sur la terre, à peine dissimulée.

Nous n'avons rien à craindre car l'homme en est absent.
Ceux qui viennent nous voir nous respectent assez
Pour ne pas s'approcher, ne pas rester longtemps.

Vous êtes venu trop tôt… Mes enfants sont tout neufs
Et encore à l'abri des coquilles, dans l'œuf.
Vous les verrez plus tard, déjà adolescents,
Sur un bassin à flot à côté de Lorient…

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