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Le fuligule milouin (Aythya ferina)


Pourquoi les Anglais me traitent-ils de pochard ?
Est-ce à cause de ma tête qui est rouge aviné ?
Vous ne le savez pas ! Ne parlez pas anglais,
Seulement aux oiseaux et couramment canard !

__ Ils ont dû vous confondre, sans doute, à l'un des leurs…
Ou au mal qui saisit, au fond, tous les plongeurs
Dont vous faites partie… L'ivresse des profondeurs…
Plus incredible encore, à un canard siffleur ?
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Chaque année, tous les jours, je me fais plus nombreux.
Déjà depuis un temps, j'ai investi ce lieu ;
cet étang en Mayenne est ce qu'il y a de mieux.
J'ai longtemps hésité à rester sous vos cieux.

Avant, pour aller pondre, je faisais mes adieux.
Je m'en allais vers l'est beaucoup plus giboyeux.

Ce sont des morillons qui nous ont décidé
Puisque leur décision était de s'installer.
Nous allions essayer aussi d'en faire autant.
Il est maintenant temps de pondre des enfants.

Nous sommes assez vieux et expérimentés,
Aussi assez nombreux pour la sécurité
Qu'offre à tous les oiseaux un groupe suffisant
Pour mener à bien l'élevage des enfants
Et leur éducation. Les nourritures du corps
Se trouvent abondamment dans ces eaux habitées
Par des plantes diverses, des charas, des renouées,
Des myriocéraphylles, une foule d'autres encore.

Il faudra qu'ils apprennent, car l'esprit compte aussi,
Le vol en formation, les cris de ralliement,
Les espèces d'oiseaux qui vivent sur l'étang
Qu'ils pourront fréquenter, car ce sont des amis :
Les foulques, les morillons et même les colverts ;
À se foutre comme d'une guigne, des martins, des piverts ;
À se méfier de celles qui possèdent un long cou,
Avalent nos poussins, comme ça, d'un seul coup
Ou de celles qui passent tout au-dessus de nous,
Croassent en volant, nous volent et puis nous pillent,
Les pies et les corbeaux, qui tirent parti de tout
Que tout le monde déteste, surtout les hirondelles
Qui partout les poursuivent et souvent les houspillent,
Pour qu'ils s'enfuissent vite, loin et à_tire-d'aile'aile.

Et puis, il y a l'amour qu'il faut bien faire un jour
Pour apaiser un peu les gratouilles hormonales
Qui chatouillent autant les femelles que les mâles…
Il nous laisse knock-out. Mais, ça ne rend pas sourd.
Je peux l'assurer, juste les palmes en éventail,
L'envie de se baigner, de se lisser les plumes,
Qui, forcément après sont toutes en bataille.

Il faut que l'on prenne soin des pièces du costume,
Comme il faut qu'on apprenne au plus tôt aux petits
Les cris qu'il faut pousser, les gestes qu'il faut faire
Pour nous séduire afin qu'on se laisse enfin faire
Pour un petit câlin qui nous met sur le nid.

Car aucun d'entre nous n'aurait jamais l'idée
D'obliger quiconque à devenir son amant
Sans le début d'une preuve d'un oui de consentement.

Est-il vrai que des hommes savent aussi violer ?

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