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J'aime à me souvenir de cet été naissant. Vous étiez encore jeune, à peine adolescent. On vous avait convié au bord d'un grand étang Où perches et brochets étaient si abondants, Qu'il faudrait, qu'à la ligne, vous les preniez, d'autant Que depuis longtemps on ne vidait plus l'étang. Mais les grands vous avaient, en deux mots méprisants, Prié d'aller plus loin… Car pour les débutants, Il y avait, ailleurs, assez de poissons blancs… Qu'il fallait les laisser pêcher tranquillement. Votre canne à lancer était bien trop sommaire... Pour pêcher le brochet, c'était bien téméraire ! En un mot comme en cent, que vous leur pompiez l'air, Qu'il fallait les laisser entre eux, entre experts. Vous comprîtes, bien sûr, que vous étiez gênant. C'est vrai que vous n'aviez qu'un maigre équipement Qui coûtait déjà cher et que votre maman Vous avait acheté pour vous payer comptant Tous ces petits boulots qu'on demande aux enfants. Votre cousin, par contre, ne manquait pas d'argent. Ses amis, dans les banques, en avaient tout autant. Des cannes en bambou, des moulinets flambants. Rapidement ils firent un panier abondant De perches et de brochets qu'ils laissèrent, séchant, Sur la digue, près du moine qui refermait l'étang. À l'heure de midi, ils s'en furent, déjeunant De pâtés, de vins fins, et bientôt s'endormant Quand l'ivresse prandiale subitement vous prend. Vous prîtes un black-bass tout juste à cet instant, Un bon kilo, déjà, dans les nénuphars blancs. Un deuxième suivit, un troisième dans le banc. Puis un autre et un autre et au bout d'un moment, Vous les auriez tous pris et vidé tout l'étang ! Si vous n'aviez compris que, raisonnablement, Il fallait arrêter… qu'un retour triomphant Vous était assuré. _______________Or pendant tout ce temps, Mes frères, mes sœurs et moi, tous mes autres parents Descendîmes par les airs, silencieusement, Et bientôt, un par un, comme par enchantement, Nous fîmes disparaître, définitivement, Tous les poissons de ceux, qui, en se réveillant, Nous chassèrent, mais trop tard. _____________________Et là, c'était vexant ! Ils tentèrent sans succès et frénétiquement D'essayer d'en reprendre. _____________________Miraculeusement, Les poissons refusèrent de mordre, obstinément. Votre cousin, ses pairs, au soleil se couchant, Ne se moquaient plus de votre panier pesant. Ils osèrent demander et à peine humblement, De leur céder, au moins, un des poissons géants, Qu'ils ne rentrent bredouilles. Et même en payant ? ... Souvent on imagine l'ange en plumage blanc. Nous prîmes du plaisir ce jour, certainement, À jouer les gardiens en habit de Satan, À faire que la justice soit un fait immanent Et demander aux Dieux qu'ils vous soient bienveillants. Je peux vous garantir qu'ils le font patiemment Ou alors dans les cieux, on les traite de manants.
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