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Le moineau espagnol (Passer hispaniolensis)


Ce n'est pas en Espagne qu'on s'est vu, c'est normal,
Je n'y habite plus… À peine au Portugal,
Mais encore en Turquie où je me porte bien,
Aussi dans les Balkans, si je me souviens bien
De ce village serbe où des hommes buvaient
Un alcool de prune qui les enivrerait,
Leur ferait dire à tous des choses abominables
Et se moquer d'un vieux, bosniaque… lamentable !

Tito refroidissait dans son train baladeur.
Mais déjà toutes les haines, leurs cortèges de malheur,
Prophétisant des guerres et des crimes impunis,
Étaient dans toutes les bouches, infestant les esprits.

Suspicion, délation servent de politique ;
Marché noir et trafic gangrènent l'économique…
Tout marche de travers et coince la pompe à fric,
Pour s'en sortir, c'est sûr, l'épuration ethnique
Est la seule solution, la solution finale.

Les cigognes l'entendent. Tous le crient sur les toits.
Alors elles le répètent aux oiseaux en émoi,
Qui prennent beaucoup sur eux pour garder le moral.

Qui dit guerre dit famine et même privations…
Et finir en brochettes ne nous dit rien qui vaille.
Déjà dans les Balkans, trouver des provisions
Tient souvent du miracle. S'il y avait des batailles !…

C'est décidé, je pars, je m'enfuis loin d'ici,
L'Afrique du grand Nord ou bien la Laponie.

Ô vous qui voyagez, dites-moi un pays
Où l'on peut vivre en paix, d'où les hommes sont bannis ?

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