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La mésange noire (Parus ater)


J'habite le mélézin, au-dessus des pessières,
Pas très loin des tourbières d'un petit lac alpin.

Je niche dans un saule, tout tordu, souffreteux,
Dans un trou, sous un nœud. Quand j'y viens, je vous frôle,
Vous vous êtes garé bien trop près à mon goût.
Si vous restez camper, je saurai tout de vous :
Á quelle heure vous dormez ou bien si vous ronflez,
Si même vous baisez, mais je serai discret…
Car je dors près de vous, pour garder chaud mon trou.

J'y ai fait mes petits, toujours à réclamer
Des chenilles qu'auraient fait des papillons tout gris.
Á raison de huit fois en moyenne par heure,
Je les nourris cent fois par jour. Á la bonne heure,
Aujourd'hui, il fait beau, mais demain, il pleuvra
Et le vent soufflera, il ne fera pas chaud.
Vous-mêmes, vous resterez à l'abri du camion
Et moi, ébouriffée, chauffant mes oisillons.

Quand les nappes de brouillard se seront dissipées,
Tous mes petits braillards vont enfin décider
Á sortir de leur nid et rejoindre le mélèze,
D'où j'appelle, d'où je crie, car ils sont mal à l'aise.
Faut dire que s'envoler pour la première fois,
Vaut mieux ne pas traîner et faire vite son choix.
En moins de cinq minutes, tout le monde est parti
Et s'il reste un petit, c'est avec Belzébuth.

Nous ne l'attendrons pas pour filer dans les bois,
Rechercher des akènes dans les cônes et les faines,
Apprendre à les cacher dans les plis des écorces.
On les coince avec force pour quand il va geler.

Vous aurez remarqué que nous trouvons meilleure
La partie inférieure des branches pour les cacher.
Bien sûr, nous sommes les seules à les y retrouver.
Les grimpereaux sont les seuls à nous concurrencer
Comme grimpeurs seulement.

Quant aux autres mésanges, jamais ne les dérange.

Je n'en ai pas le temps.

*