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La mésange lapone (Parus cinctus)


Les branches de mes arbres sont couvertes de lichens.
Leurs filaments vert glauque pendent de tout leur long.
Ma forêt tout entière depuis pléistocène
A oublié le sens du mot évolution.

Quand mes épicéas sont devenus trop vieux,
Ils meurent sans un mot, sans rien dire aux voisins
Qui, comme ils sont distraits, ne s'aperçoivent de rien,
Ils restent béatement à pointer vers les cieux.

Quelquefois ils se cassent comme frappés par la foudre
Ou bien brûlent sur pied sans qu'ils puissent se résoudre,
Ni à pourrir un peu, à se décomposer…

Les bactéries s'enrhument… Y'a trop d'humidité.

Même le grand tétras oublie qu'il est farouche
Et se laisse approcher jusqu'au point qu'on le touche.
Les durbecs s'étonnent de voir enfin un homme,
Comme Ève le fut sans doute en trouvant une pomme.

Là, le pic tridactyle s'enivre de résine,
Un peu forte à mon goût… trop de térébenthine,
De terpènes cycliques… à mon avis, surfaite…

Il trace sur un tronc une hélice parfaite.
Je me montre volontiers sur quelque branche basse
Observant à loisir les animaux qui passent
Et vous qui m'étonnez, enfoui dans un parka.

Je n'ai pas l'impression qu'il fasse tellement froid.

C'est à cause des moustiques !

__________________C'est vrai qu'ils sont légions,
Cachés parmi les mousses ou sous les champignons,
Parmi les cornouillers, les thés du labrador…

Ils vous attaquent d'un coup, comme mus par des ressorts.

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