®
Le merle à plastron (Turdus torquatus)


Je ne comprends pas bien pourquoi cette insistance
Á vouloir à tout prix que j'écrive des stances,
De la prose ou des vers ?
____________________Moi, les vers, je les mange !
Je n'ai rien à vous dire. Mais qu'est-ce qui vous démange
Á vouloir tout connaître, à sans cesse nous épier,
Au lieu de nous laisser dans nos framboises, en paix ?

Si je vis au secret, ce n'est pas par hasard.

Je ne plastronne pas tout comme le merle noir
Jusque dans vos jardins, du matin jusqu'au soir.
J'ai pris de l'altitude. Je suis un montagnard.

Il me faut assumer une vie de reclus
Et mon honneur blessé, mettre pommade dessus ;
Échapper à la honte qui sans cesse m'obsède.
C'est une des raisons pour lesquelles je ne cède
Jamais à votre envie de me prendre en photo,
Comme celle que je trouvai, il y a longtemps naguère
Dans un livre qui parlait de la dernière guerre
Et montrai des allemands en tenue gestapo.

J'avoue, je les trouvai, comment dire, élégants,
Avec sur la poitrine, une sorte de croissant
En acier tout luisant et qui paraissait blanc.
Je me félicitai qu'ils me soient ressemblants.
Puis, je lus leurs méfaits et vite m'interrogeai.
J'ai le même costume. Les Dieux m'auraient damné ?

Au congrès des oiseaux, je posai la question,
Espérant de leur part, un peu de compassion :

Cette similitude me pousse au désespoir.
Il y a dans nos bois, bien d'autres oiseaux noirs.
Ce pourrait-il qu'ils soient dotés d'un caractère
Qui les pousse à la guerre ou aux mauvaises manières ?

Dans l'extrême confusion qui bientôt s'en suivi,
Personne ne répondit ou bien, rien ne compris.

Si je confuse toujours, c'est que mon émotion
Est vive et je m'excite, à la moindre occasion,
J'alerte, tous les neurones en polarisation
Et mon pauvre cerveau me fait l'inhibition.

J'ai des raisons de croire que c'est une habitude
Que vous aurez notée. Des gens portent un costume
Qui justifie alors leurs mauvaises coutumes.
C'est pour ça que je crains que l'on m'envoie des skuds.

J'ai deux ou trois parents, dans des monts Kosovo
Qui m'ont fait savoir que des paras militaires
Tuent des enfants, leurs mères, n'épargnant que les veaux,
Sauf ceux, qui, vers La Mecque, se tournent pour la prière.

*