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La mouette mélanocéphale (Larus melanocephalus)


Des phoques en soutane méditent sur la plage.
La mer Noire étincelle au soleil qui se lève.
De grosses ligies filent dans la mer à la nage.
Nous marchons doucement juste au bord de la grève.
On dandine, on papote, on caquète, on s'affronte.
On est des mouettes, quoi ! et on n'en a pas honte.

Que pourrais-je raconter ? Que pourrais-je vous dire ?
Pourtant, nous en passons du temps à réfléchir.

Car ça fait maintenant plusieurs milliers d'années
Que nous nous installâmes en Méditerranée.
Nous étions déjà là avant le Cro-Magnon,
Ce mangeur de clovisses, de graines de pignon.

Á cette époque-là, la forêt recouvrait
Des montagnes aux côtes, quasi toute la terre.
Mais pour toucher des primes, le paléolithé
Foutit le feu aux bois et même aux chênes verts.

On ne s'entendait plus, tellement il y eut de chèvres,
De moutons, de brebis, de boucs, qui bêlaient.
Nous fûmes obligées d'apprendre à gweler.
Avant nous ne chantions qu'à peine du bout des lèvres.

Le rustique s'enrichit et crut que sa puissance
Devait au seul fruit de son intelligence.
Il devint élégant, portait de l'améthyste,
Des vêtements de peaux. Bref, il devint machiste.

Il obligea sa femme à monter à l'arrière
Et à serrer les fesses, au fond du char à bœufs
Qu'il menait en vitesse, même dans les fondrières.
Pendant l'heure de sa sieste, elle marchait sur des œufs.

Á l'heure du pastis, il était épuisé,
Car il avait cueilli un brin de farigoule
Un jour, il inventa le mot virilité
Pour désigner un jeu, d'une quille et deux boules.

Ce mot fut l'alibi, car il manquait à l'homme
Des raisons objectives pour condamner les femmes
Au travail des champs et aux tâches infâmes.
Rien ne l'arrêtant plus, lui fit le coup des pommes.

Dès lors, tout fut permis. Le voile ou bien le viol,
Les sorcières que l'on brûle ou bien le vitriol
Qui défigure si bien celles qu'on veut répudier,
Sans perdre de la dot, l'argent si dur gagné.

Les Dieux furent inventés, pour enfin justifier
Les saloperies qu'on leur ferait endurer,
Jusqu'aux mutilations qui les décéderaient…
Impensable qu'elles jouissent ou qu'elles prennent leur pied !

Avez-vous remarqué que l'homme qu'on dit latin,
Sera d'autant plus dur avec le féminin,
Quand il aura été ou restera longtemps
Plus soumis à la femme qu'il appelle maman ?

En toute confidence, les hommes m'indiffèrent.
Ils n'ont pas évolué et leurs comportements
Les gonflent d'importance et tout pareillement
Qu'ils vivent sur la terre ou qu'ils choient dans la mer.

Et s'il arrive aussi qu'on picore les noyés.
Ils sont morts, pollueraient. Il faut les becqueter.
Nous autres les oiseaux, ne sommes jamais cruels.

Si vous approchez, nous fuirons à tire-d'aile

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