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La martre (Martes martes)



Un oiseau blanc léger pareil à un fantôme
Slalome sous les hêtres, se pose sur une souche.
Il chuinte longuement et s'effraie de l'automne
Qui verse ses crachins qui, finement, nous douchent.

Nous marchons de conserve le nez dans la litière.
La nuit ne laisse rien passer de la lumière.
Nous nous contenterons de quelques fruits amers,
Avec un peu de chance, d'un mulot suicidaire.

Et pour ne pas nous perdre, pour rester en contact,
Nous relevons la tête, étalons le plastron
Qui s'étale sous le cou. Il capte les photons.
Il nous sert de repère. C'est pas un artefact.

Les bêtes de la nuit ont toutes des zones claires,
Tranchant sur des poils sombres qui servent à l'invisible.
Les poils clairs de ces zones sont souvent érectiles.
Ils servent de signaux et souvent de repaires.

Les blaireaux, les renards, les lapins de garenne,
Les chevreuils et les cerfs, que je croise en ces lieux
Ont ainsi mis au point, à base de patterns,
Un langage compliqué que vous connaissez peu.

Nous marchons de conserve le nez dans la litière,
Car sous les feuilles fraîches qui viennent de tomber,
Se cachent des géotrupes, des iules, des scarabées
Et des myrtilles blettes qui datent d'avant-hier.

Ces proies sont minuscules, mais souvent elles m'assurent
De manger à ma faim, de conserver la pêche.
Il est vrai que parfois je fais d'autres captures…
J'ai laissé près d'ici les plumes d'un pic épeiche…

Je tue bien moins d'oiseaux, d'écureuils que l'on dit.
Je le fais, par hasard, quand je tombe sur leurs nids.
Je prends des campagnols, je raffole des fruits.
Ce sont là tous les meurtres qui me valent des ennuis.

Car les hommes ignorants se convainquent facilement
Qu'une bête est cruelle sitôt qu'elle a des dents.

Cela justifie donc qu'on la chasse, l'éradique.
L'homme obéit aux lois que sa bêtise lui dicte.

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