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Le martin-pêcheur d'Europe (Alcedo atthis)


Vous vous êtes caché auprès de mon terrier
D'où sort un bruit bizarre de rouet mal huilé.
Ce sont mes petits qui, sûrement, s'impatientent
De quitter ce réduit encombré par leurs fientes.

Le poisson qui pourrit, ça chlingue l'ammoniac.

Quand je vois des pêcheurs, je pense, c'est des maniaques,
Quand ils font provision de paniers de poissons
Pour eux souvent trop gros, car de toute façon,
Ils ne pourront pas les avaler en entier,
Pour autant que j'en juge à leur petit gosier.

J'ai mon idée des hommes. Je les fuis de mon mieux
Et je m'inquiète un peu d'être là sous vos yeux.

Un vairon dans le bec, je me pose sur un aulne,
Sur une branche basse qui trempe dans l'eau jaune.
Il a plu ces jours-ci et les terres de Bretagne
Ont été lessivées. Toute cette boue en témoigne,
Ajoutez à cela, les nitrates en excès,
Les résidus toxiques des engrais phosphatés…
Alors, vous comprendrez que je me sente très mal.
Mes enfants sont malades, trouvez-vous ça normal ?

J'avais pondu sept œufs. Je n'ai que trois petits
Et si j'en sauve deux, c'est qu'ils seront vernis.
Alors, je vous le dis, profitez d'être en vie
Et de nos belles couleurs et même de nos cris,
Parce que vos enfants ou vos petits-enfants,
S'ils survivent eux-mêmes à leur environnement,
C'est dans les livres qu'ils pourront voir nos photos,
Á côté des pingouins, des dodos, des guillemots…

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