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Le martinet pâle (Apus pallidus)


Pour bien me distinguer de mon cousin tout noir,
Au chant, c'est le plus sûr, mais il faut de l'oreille.
En plein vol, c'est possible, pas tout à fait pareil
Ou alors dans la main quand il n'y a plus d'espoir
Pour nous de repartir, qu'on s'est cassé la gueule,
En butant dans un fil en travers de la route.
Une aile un peu meurtrie équivaut au linceul.
Nos domaines sont les airs. Le sol, on le redoute.
Bien sûr, il nous arrive de nous poser par terre.
C'est très rare cependant. On ne nous y voit guère.

J'habite les rivages méditerranéens,
Un peu à l'intérieur, cependant jamais loin.

Vous avez pu me voir nicher sur la corniche
D'une église andalouse du village d'El Rocío.
Un village envahi de sable et de chevaux
Et où la boucherie est sombre comme catiche.

Nos nids s'offrent à la vue de tous ceux qui regardent.
Le rebord n'est pas large, à peine suffisant
Pour coller quelques feuilles récoltées dans le vent,
Élever nos enfants toujours en prenant garde
Qu'ils ne tombent pas car il faudra une échelle
Pour remettre le petit quand il est trop petit…
Et surtout, il ne faut pas se tromper de nid,
Prier le bon Dieu qu'il ne lui brise les ailes.

Mais l'abbé veille au grain et sur la vierge noire.
Il chasse les chats gourmands qui miaulent de désespoir,
Ramasse le crottin des chevaux andalous
Pour cultiver des fleurs et des cactus, itou.

Sur les eucalyptus, quand arrive le soir,
Nous nous pendons par grappe et formons un dortoir.
Mais très tôt le matin, nous serons tous en chasse
Dans l'air et dans l'espace du ciel des Marismas.

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