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Le martinet alpin (Apus melba)


Normal que j'ai la pêche puisque je suis melba !…

Alors je me dépêche de remplir de ma voix,
Tout l'espace et l'écho entre mes deux falaises,
Qui sont quand même balaises, creusées par le ruisseau.

Je passe au ras des roches et cueille en passant vite,
Des mouches ou bien des mites,
______________Amères comme un cidre croche…
Des araignées qui tentent un voyage en ballon
Fait de toiles gluantes. Je les compte par millions.

J'en remplis mon gosier. J'en fais une pâtée
Que j'apporte à mes jeunes. Il faut bien qu'ils déjeunent.
Ils sont encore petits dans le trou du calcaire
Où j'ai posé mon nid comme l'année dernière.

Je reviens tous les ans avec mes congénères,
Dès qu'arrive le printemps, du pays des Berbères.
Je ne sais pas au juste où je passe l'hiver.
Si ça vous tarabuste ou bien vous désespère,
Vous devriez nous suivre.

Quand arrive octobre le temps se fait médiocre,
Il faut fuir pour survivre. Mais nous partons si vite
Qu'un jour, nous sommes là et la nuit, on vous quitte.
Vous n'y arriverez pas. Nous gardons le secret
De la destination finale des migrations
Qui nous mènent en été dans des pays lointains
Où volent des insectes, qui sont aliments sains,
Parfaitement pandectes.

Mes petits, tout là-haut, vous ne les verrez guère,
Même au travers des verres qui rendent les objets gros.
Tout juste leur gorge blanche quand je viens les nourrir.
Vous risquez de mourir, victime d'une avalanche
Ou d'une chute brutale, si vous escaladez
Mes falaises létales, à moins d'être encordé.

Mais restez donc en bas, c'est plus sage, je crois.
Nous viendrons vous saluer d'un très long chant trillé
Et partirons d'un coup, par-delà le plateau
D'un causse animé par quelques grands corbeaux,
Aussi des vautours fauves à peine habitués
Á l'idée qu'ils recouvrent enfin leur liberté.

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