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Le pipit maritime (Anthus petrosus)


Sur ma côte sauvage se dressent des falaises
Couvertes de gazon où courent des gravelots.
Des galets de granits, que viennent mouiller les flots,
Se souviennent du temps quand ils étaient balaises.

Les touffes d'arméria tremblent toutes dans le vent
Qui porte sans effort le poids des goélands.

Si les traquets se mottent, serait-ce qu'ils sont peureux ?
Á moins qu'ils ne se cachent comme les gens heureux.

Le bruit des vagues fracasse sans cesse le silence.

Des algues pourrissent l'air de subtiles fragrances.

Les ajoncs de Le Gall attirent des papillons
Qui se figent en fleurs de couleur beurre citron.
Les silènes maritimes s'accrochent par les racines
Á l'arène granitique qui suinte des diaclases.

Un cormoran huppé frôle la vague qu'il rase.
La maison pour les feux sur le cap se ruine.
Il paraît que c'était comme une espèce de phare.
Les marins, des récifs, en font des cauchemars.
Ils se noient dans leurs draps tout détrempés de sueur.

Une lame de fond surgit des profondeurs.

Un courlis égaré suit la traînée sanglante
Du soleil qui se couche sur la mer argentée.
C'est alors que je cesse, car je suis épuisé,
De monter vers le ciel du haut duquel je chante
Avant de retomber, en piqué et plané.

Je mange des talitres ou bien des littorines.

Je veille au territoire qui cache ma nichée,
Á l'abri, au profond d'une criste marine.

*