Attention à la marche
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Attention à la marche !




Nous partîmes très tôt, tous dans la bétaillère
Serrées comme des sardines et sans trop d’eau, ni d’air
Pour rejoindre nos frères et nos sœurs réunies
Pour montrer aux Pâtures, le lien qui nous unit
Et que le Monde entier voudra nous le copier…
Et s’il avait fallu que nous partîmes à pied
Nous l’aurions fait aussi comme le font tous les gnous
Quand ils migrent aux Savanes, finissent sur les genoux.

Bientôt nous débarquâmes. Oubliée la fatigue…
Les pattes ankylosées, l’estomac qu’une figue
Aura mal à calmer… Nous sommes des centaines
De bêtes, comme nous, qui courrons, toutes certaines,
D’être au bon rendez-vous, à celui de l’Histoire…
À celui qu’on devine qu’il est porteur d’espoir,
À celui dont le pire serait de le manquer,
À celui qui fait dire : « Moi aussi, j’y étais ! »

Des bêtes de partout, des cambrousses, des banlieues,
Des jungles, des prés, des bois, des savanes et de lieux
Qu’on n’imagine pas quand on vit en Province,
Qu’on passe pour déficient, voire de minus habens…
Des bêtes sans papiers qui osaient se montrer,
Des bêtes dont on dit qu’elles auraient genre mauvais
Pour la raison qu’elles aiment autrement quand la norme
Nous dit auprès de qui il faudrait que l’on dorme.

En un instant très court, nous sommes des milliers.
Très vite de nos sœurs, nous sommes séparées :
Une bonne occasion de faire la connaissance
De bêtes que l’on croise avec indifférence,
Que l’on évite aussi pour raisons de culture
Qu’on ignore trop souvent au pays des Pâtures…
Tandis qu’à la faveur d’une petite bousculade
C’est une belle occasion pour une bonne rigolade.

Et dans l’instant d’après, des milliers de centaines,
Qui marchons, qui chantons et crions notre haine
Pour ceux qui nous exploitent, pour ceux qui nous trahissent,
Nous donnant des motifs qui, tous, nous réunissent.
Mais surtout nous chantons et disons notre joie
De nous voir si nombreux affirmer que nos choix
Sont d’être solidaires, fraternels et certains
Qu’ils sont les seuls capables de faire chanter Demain.

Et si nous n’avons pas bien entendu Blanchon*,
C’est bien que la sono manquait un peu de son
Pour atteindre les bêtes au plus loin de l’estrade
Sauf s’il s’agissait du joli mot camarade,
Sauf s’il s’agissait de penser la République,
Sauf s’il s’agissait de verdeurs écologiques,
Sauf s’il s’agissait de défendre la Liberté,
L’intérêt général et la laïcité.

Une constitution pour fixer toutes ces règles
Et bien faire attention que rien ne se dérègle…
Pour la raison toujours que l’ennemi à l’affût
Trouve toute occasion bonne pour faire du raffut.
Alors nous sommes rentrées dans notre bétaillère
Retourner à nos tâches de chevilles ouvrières.
Sachant que, désormais, pour nos progénitures
Tout allait bien changer au pays des Pâtures.
19 mars 2012 / «® / ©»




* Blanchon est le représentant du parti senestre et candidat, enfin reconnu par les sondages et les médias, enfin presque tous ou seulement davantage... à la présidence des Pâtures.