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La macreuse brune (Melanitta fusca)


Quand je vole ou je plonge, on peut me reconnaître
De ma cousine noire qui l'est entièrement.
Je serais plutôt brune et aux ailes, j'ai du blanc…
Mais il faut être près, et puis-je le permettre ?

Aussitôt que j'entends un bateau qui s'approche,
Je cours sur les eaux aussi longtemps que je peux,
M'envole au ras des flots, en restant dans les creux.
Puis je vais me poser où sont coulées des roches.
J'y trouve des coquillages, des moules, des berniques,
Des crabes et des étrilles qui me font le pique-nique.
J'aime bien le gros temps quand, en troupe serrée,
On monte et on descend, par la houle, bercées.

Sur la côte Baltique, j'avoue que j'ai eu peur
Quand vous m'avez surprise, un matin de bonne heure,
Endormie sur la plage que je croyais déserte.
Je surveillais mon nid tous les sens en alerte
Avec la tête sous l'aile et les deux yeux fermés.
Je n'ai pas su comment mon rêve s'est terminé.
Mais n'allez pas le dire ou bien le répéter
À ma douce qui couvait sous des herbes couchées.

Je fus tellement surprise que je m'enfuis à pied,
En regardant derrière, si vous me poursuiviez,
Me grattai le derrière en relevant la queue,
Rejoignis doucement mon naturel aqueux.

Et en pagayant ferme, une palme après l'autre,
Je me suis éloignée vers une île de granites
Jaunis par des lichens et que le gel effrite,
Où des phoques alanguis, sur la grève, se vautrent.

*