®
Le macareux moine (Fratercula arctica)


Je vis en un lieu où les ornithologistes
Se promènent en landau. Ils sucent encore leur pouce,
Bercés par leur maman qui doucement les pousse
Sur le haut d'une falaise. Il y a même un cycliste !

Mais personne ne s'approche. On nous laisse tranquille.
On nous montre du doigt quand on revient nourrir,
Nos petits dans leurs trous, de poissons qui oscillent,
Bien coincés dans le bec. Pas question de sourire !

Car, ici, en Norvège, sur le Varangerfjord,
Les guillemots à miroir ou bien les huîtriers,
Sont motifs, le dimanche, de sortir la vieille Ford,
Aux jeunes amoureux de se faire oublier.

Mais ce n'est pas tout ça ! Il faut que j'y retourne.
Une trajectoire oblique et direction la mer.
Mes ailes en vibration, les pattes de travers…
Celles-là, je l'explique, elles servent quand je tourne.

D'ailleurs, j'ai bien failli me faire ce goéland
Qui maraude souvent et guette nos enfants.
Je file au ras de l'eau et me pose au milieu,
D'un petit groupe des miens qui pêche des petits lieus.

Mais avant qu'on se quitte, cette fois, pour de bon,
J'aimerais bien savoir si mes cousins bretons
Sont toujours les victimes de ces Torrey Canyon,
Qui dégazent ou bien coulent et font des pollutions ?

Vous me dites, comme avant. Le contraire, m'étonnerait.
C'est partout comme cela. Partout dans l'Atlantique.
Le pétrole et les huiles nous brûlent l'hépatique.
Si personne ne fait rien, sûr, je disparaîtrai.


*