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Je suis plutôt commun sur ma lande hygrophile Où de grandes molinies et des bruyères ciliées Se penchent sur des tourbières peuplées de droséras, D'ossifrages, de gaillets, de Viola canina, D'araignées dolomèdes, de carabes violacés, De limaces noirâtres, de timarques hémophiles. Parfois, je sens le souffle des rémiges du busard Quand il survole les brandes, qu'il chasse les souris. Si j'échappe à ses serres, c'est presque par hasard, Quand il est maladroit. Ça lui arrive aussi. Mais je crains davantage la vipère péliade Dont le venin me tue quand je suis en ballade. On me dit vivipare, c'est assez inexact. Je ponds ma dizaine d'œufs quand ils sont incubés… Mes petits naissent donc pile poil à l'heure exacte Où ils sortent de mon ventre. Ai-je bien expliqué ? Dans les pays du Sud, où il fait bien plus chaud, Le soleil les incube, juste à point, comme il faut. Dans les pays du Nord, près du cercle polaire Je suis bien engourdie, mes œufs autant que moi. Vous m'aviez ramassé, un jour, dans ma tourbière, En observant des oies, tout près de Pajala. J'aime assez les criquets sauf leurs deux pattes arrière Que j'abandonne, en tas, tout autour de la pierre Où je prends mes repas, surveillant alentour. Qu'une menace profile, sans réfléchir, je cours Sous une ombre propice, pour calmer toutes mes peurs… Voyez dans ma poitrine, comme vite me bat le cœur !
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