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La loutre (Lutra lutra)



Sur les cailloux du lac qui brusquement torrente,
J'ai laissé des épreintes de mon activité,
Des écailles de perche qui sont restées collées,
Et des crottes parfumées, pleines d'arêtes piquantes.

Je sais que c'est le cincle qui vous a indiqué
Que nous étions présentes sur ce lac, oubliées.
Cet oiseau-là, je crois, appréhende, mais à tort,
Que nous lui enlevions les insectes qu'il dévore.

Pour l'instant, notre lac a été épargné
Par les pluies qui apportent, par trop, d'acidité.
Les poissons sont nombreux et en bonne santé.
Ils nous procurent à toutes, une saine activité.

Car ce n'est que pour jouer, on dira pour le sport,
Que nous pêchons un peu, à peine pour manger.
Mais il serait dommage quand les poissons sont morts
De ne pas les manger. Ce serait gaspiller.

Ce n'est pas ce que font les oiseaux qui fréquentent
La surface de ces eaux et que rien ne contente :
Les harles qui sont bièvres, les plongeons catmarins…

Ils en avalent des tonnes au prétexte qu'ils ont faim !

Pour prouver, s'il fallait, que nous aimons le sport
Et donnons aux poissons des chances face à la mort,
Nous les pêchons la nuit quand on ne voit plus rien
Et délaissons, bien sûr, le trop menu fretin.

Mais la nuit crépuscule à de telles latitudes,
Au moins pendant l'été, c'est dans ses habitudes.
Je sors de mon catiche et m'offre, de suite, un bain.

Je décris quelques cercles de diamètres incertains.

Puis, je sors sur la berge, je m'ébroue, me secoue,
De la tête à la queue, bien sûr, inversement.
Je me dresse à demi et me frotte à la joue
D'une amie qui vient me rejoindre prestement.

Puis à la queue leu leu, nous faisons le serpent.
Nous courons, ondulement, sommes bientôt rejointes
Par des cousines, des sœurs ou des proches parents.
Nous filerons sans reste sous la lune qui pointe.

Il paraît qu'en Bretagne, on peut me voir encore.
Mais pour combien de temps, car, je crois, les nitrates
Forment déjà des cristaux avec les carbamates…
Que même les anguilles, dans l'eau, trouvent la mort !

Et qu'une ablette meure d'un excès d'atrazine
Je fais, tout aussitôt, la une des magazines
Comme la cause des maux et des épizooties,
Qui frappent les poissons, partout là où je vis…

Pour la santé des hommes, il leur faut de l'eau pure
Qu'on fabrique à partir de lisiers concentrés,
Qu'on flocule, à grands frais, sur des aluminures...
À des doses prescrites, soigneusement étudiées,
Par diverses commissions qui siégent à Strasbourg,
Et normalisent le bon usage du calembour…

Mais laissent, sans contrôle, en direct, à l'usine,
Le rustique acheter sa tridégueulamine !

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