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Je ne me montre guère dans vos bois en Bretagne Et je ne sais pas si je le fis dans le temps. C'est à cause du climat que vous fait l'océan. Je préfère et de loin, mes peupliers d'Espagne. Je ne me montre pas davantage dans les bois. On m'entend très souvent, rarement on me voit. Pourtant, je suis très beau et même un peu voyant Dans ma belle livrée jaune avec les ailes noires. Pourquoi suis-je discret, invisible, transparent ? Je vous dis la raison. C'est toute mon histoire. Figurez-vous qu'il y eût, il y a fort longtemps… Ça remonte sûrement d'avant la préhistoire, Une grève des oiseaux pour une bonne raison, Mais que je ne sus pas, du moins sur le moment. Je revenais, bien tard, d'un voyage migratoire Et regagnais les arbres qui abritent ma maison. Aussitôt arrivé, je me mis à chanter __ Didelio, Didelio __ mes trois notes flûtées… Á peine avais-je poussé deux ou trois de mes strophes Que je compris alors, trop tard, qu'une catastrophe Qui me frappait soudain, frapperait tous les miens Pour les siècles à venir et pour l'éternité. Une bande d'oiseaux, vraiment très excités, M'accusait de traîtrise, me traitait comme un chien. Un merle des plus braillards prit alors la parole : __ Je l'ai bien entendu. Dès qu'il est arrivé, Il s'est mis à chanter : au boulot, au boulot ! __ Je voulus m'expliquer. Je chantai : __ Didelio… __ Mais, personne n'écoutait et tous comprenaient : __ Au boulot, au boulot ! __ _______________Non, ça n'était pas drôle ! Innocent présumé, je fus vite condamné Dès que le geai leur dit : _________________ C'est normal, c'est un jaune ! __ Maintenant je me cache des oiseaux et des hommes, Des mammifères aussi et de toutes les faunes. Ne croyez pas pourtant que je sois malheureux. J'ai le temps de penser, je philosophe, en somme, Tout seul dans les feuillages. Mais, je trouve fâcheux Et dommage à la fois que souvent l'on entend, Mais qu'on n'écoute pas ; que l'on croit souvent ceux Qui braillent le plus fort ; que vous êtes différents Si vous venez d'ailleurs et nécessairement, Parce que ça va de soi, ne pensez pas comme eux. J'appris, mais bien plus tard et forcément trop tard, Que c'était l'étourneau qui m'imite souvent… Parce qu'il était pressé et bien sûr en retard Au meeting où il jouait un rôle très important, Interpellant les siens, avait crié bien haut : __ Où est donc le loriot ? Sans lui, on est foutu __ Dans le bruit, son discours passa inaperçu. Personne ne sut jamais quel rôle je devais jouer Dans cet événement lequel devait changer Irrémédiablement la face de la terre, La place des oiseaux et leur évolution. L'étourneau dépassé donna sa démission Et décida d'un coup de devenir grégaire.
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