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Le loir gris (Glis glis)



Je vis dans un placard au milieu des assiettes,
Quelques verres mal rincés, plusieurs bouteilles vides,
Un reste de fromage et du pain, quelques miettes,
Dans une boite en fer dont les rebords s'oxydent.

Mon placard est cloué sur le mur à côté
D'une cheminée qui fume aussitôt on l'allume,
Mais réchauffe bien vite, le campeur égaré,
Le bûcheron transis, le berger qui transhume.

La cheminée est sise au fond d'une cabane
Qui tient lieu de refuge dans le pays de Sault,
Entre col de Lancise et gorges de la Frau,
Au milieu d'une prairie où poussent des gentianes.

Quand arrive la nuit, je quitte alors ma boite,
Je sors de mon placard, grimpe à la cheminée
Et bientôt me retrouve sous la voûte étoilée...
Je ne m'éloigne pas bien loin de mes pénates !

Je grignote et je ronge des fruits, des papillons,
Des écorces bien tendres, des faines, des champignons,
Des noisettes, des glands, des œufs, des oisillons,
Des baies et des akènes, des graines, leurs embryons.

Mais l'orage m'a surpris et avec ce brouillard
Qui est tombé soudain, je me sentis bizarre.
Un froid exceptionnel avait saisi l'éther
Qui enveloppe les monts dont je suis locataire.

C'est avec grand-peine que je revins chez moi.
Je n'eus pas le courage de grimper dans mon nid,
Victime, je le crois, d'une forte hypothermie.

Je m'affalai sans force avec les bras en croix.

Mais c'est façon de dire, car je me mis en boule.

Je demeurai prostré jusqu'au petit matin.
Je sentis pourtant quand vous me prîtes dans la main
Et délicatement, me remîtes dans mon moule.

J'étais inerte et froid, mon cœur ne battait plus.
J'étais peut-être mort, je ne respirais plus.

Mais dans ma boite-nid, j'attendrai le printemps...

L'hiver pouvait durer. Moi, j'avais tout mon temps.

*