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La locustelle tachetée (Locustella nævia)


J'habite les limons sur les bords du Blavet ;
Les graviers et les sables que l'eau a déposés,
En dunes en croissant ; sur des sols nitratés
Où poussent des orties, des armoises en fourrés.

J'aime quand arrive la nuit, quand je me fais entendre,
Que mon chant de criquet emplit tout le silence,
Que troublent les rats qui nagent dans le méandre
Du Blavet quand ils plongent ou bien les fées qui dansent
Sous les aulnes penchés, capturant des insectes,
Leurs ailes frôlant les feuilles d'un souffle, d'un frisson.

Vous dites chauve-souris, je suis là circonspecte.
Je préfère mes fées à vos vespertilions !

Je chante aussi le jour, mais on ne m'entend guère,
Á peine plus fort, c'est vrai, que les éphippigers,
Ne rivalise pas avec les bons chanteurs,
Sauf à ce qu'on m'équipe d'un amplificateur,
Comme en ont les oiseaux des buissons ou des haies.

Mais la nuit, tous ceux-là, ils dorment ou bien se taisent,
Sauf peut-être les hiboux qu'ont toujours l'air benaise
Et moi, évidemment ! Vous n'êtes pas étonné !

Alors je chante, je chante et mon chant porte loin.
Quand il y a de la lune, dedans votre appareil
Qui fait que la nuit claire ou le jour, c'est pareil,
J'apparais comme une ombre. Me distinguez-vous bien ?

Mieux qu'au milieu du jour quand je demeure cachée.
Je ne suis pas farouche, serais plutôt timide
Ou craintive… ou méfiante… C'est comme vous voudrez.
Même quand je suis seule, ne suis pas intrépide.

S'il m'arrive de grimper sur quelque branche basse
Pour imiter les strophes des grosses sauterelles,
En vibrant puissamment, c'est de manière fugace…
J'ai vite fait de partir… que passe une volucelle !

J'ai des mœurs de souris ou bien de musaraigne.
Le sol est mon domaine, car c'est là que je règne
Dans le lacis des herbes, le fouillis des racines
Où courent des cloportes que, vite, j'assassine.

Je ne dors pas la nuit, car la reine des près
Émet des fragrances qui me tiennent éveillée.
Quant à vous, vous puez l'odeur du tabac froid.

Changez en donc la marque, je ne m'habitue pas !

Je préfère les parfums qui me montent à la tête.
L'humus qui s'évapore quand l'actinomycète
Profite de la fraîcheur pour jouer aux enzymes
Et bouffer des tanins avec du lysozyme.
La nuit a des couleurs, toutes entre noir et gris.
Les loups, les chiens, les chats et même les souris
Sont des ombres fugaces, pareilles aux fantômes.

Il paraît qu'ils font peur. C'est ce que disent les gnomes.
Ceux-là, je n'en vois pas dans mes écosystèmes.
Sauf vous, incidemment, lorsque je me promène.
Alors je vous découvre, à l'affût, bien caché,
Pareil aux animaux dans le creux d'un fourré.

J'avoue ne pas comprendre, toujours parfaitement,
Ni ce qui vous attire, ni vos motivations.
D'autant que dès il pleut, très fort, vos vêtements
Sont trempés comme une soupe au lait ou aux oignons.

Il vous faudrait des plumes ou mieux une fourrure
Pour mieux envelopper votre douce compagne.
Toutes ses épaisseurs n'empêchent pas la morsure
Du froid des nuits d'été, du vent qui l'accompagne.

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