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La locustelle luscinioïde (Locustella luscinioides)


Il faut, bien entendu, certaines conditions
Pour espérer me voir, faire des observations.

D'abord en premier lieu, venir sur le marais,
Mais aussi deviner que le trille soutenu
N'est pas le chant gratté par les hanches du criquet,
Mais celui d'un oiseau qui n'aime pas être vu,
Á moins qu'il ne possède les attributs du mâle,
Qu'il lui faille surveiller l'étendue des roseaux
Qui forment des ceintures tout alentour des eaux,
Des jungles inextricables, des lacis, des dédales
Où seules les souris, les bouscarles ou nous-mêmes
Y vivons, y nichons et même, on s'y promène.

C'est mon cas et alors, je monte le long des tiges
Des phragmites qui se penchent à peine sous mon poids
Et des heures durant, interrompues parfois
Par la brève toilette d'une plume aux rémiges,
La capture d'un insecte ou d'un opistobranche,
Je chante, je chante jusqu'à ce qu'on me débranche.

Je vibre du syrinx en ouvrant grand le bec.
Mon chant vient de nulle part. Quand je tourne la tête,
Il vient même d'ailleurs. Aussitôt qu'on m'embête,
Je tombe comme une pierre et me cache aussi sec,
M'envole brièvement au-dessus des roseaux
Et reprends ma vigie, aussi mon vibrato.

Le reste de ma vie demeure bien secrète.

Comment je me marie ou comment est mon nid,
Vous ne le saurez pas, puisque sa découverte
Voudrait que vous broussiez et fassiez des ennuis
Aux bêtes des marais et cassiez les phragmites,
Noyiez les nénuphars…

_________________Restez donc aux limites.

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