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Le lézard ocellé (Lacerta lepida)



Mon muret de pierres sèches enserre une garrigue
Qui vient mourir doucement sur le bord d'un Rio
Bordé de peupliers où chantent des loriots
Et d'arbustes palmés tout recouverts de figues.

Ce matin, encore frais, augure d'une journée chaude.
J'en profite pour cueillir parce qu'ils sont engourdis
Des criquets gros et gras qui, sur le sol, badaudent
Entre les delphiniums, les asters, les soucis,
Qui couvrent, pauvrement, les limons floculés,
Comme embryon de sol sur le causse calcaire.

Un circaète se montre, suspendu dans les airs.

Je me replie, prudent, à l'abri du muret.

Maintenant, le soleil darde ses feux ardents.
Il réchauffe mes enzymes. Je garde la bouche ouverte.
Il me faut assurer entre les gains, les pertes,
Un équilibre parfait, au moins satisfaisant,
Sinon les calories me feront la syncope,
L'hyperthermie brutale et même les convulsions,
Le coma dépassé et que Dieu me tripote,
La mort définitive, sans autre rémission.

Mais sous les peupliers, l'ombre y est propice.
Deux bourricots roués vous poussent de leur nez.
Ils veulent du chocolat et vous mettent au supplice.
Il vous faudra partir, aussi abandonner,
La place, à l'ombre, au frais, d'où vous observiez,
Les loriots occupés à soigner leurs petits
Et qui, pour une fois, vous avaient oublié.

Quand vous êtes parti, aussitôt je le fis…
Et vous fis sursauter…

________________Ne m'auriez-vous pas vu ?

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